Twilight (2009) de Catherine Hardwicke

Je ne consacre habituellement d'article qu'aux films que j'ai particulièrement aimé, ce qui n'est pas le cas de celui-ci, mais je tenais malgré tout à en parler, petit coup de gueule face à un gros carton au box-office qui comme beaucoup d'autres n'a (presque) aucun mérite.
Film de vampires ? Si peu. Ici pas de crocs, à peine une goutte de sang, des vampires qui courent le long des arbres comme de parfaits écureuils, et comble du ridicule qui brillent comme des diamants au soleil (c'est la raison pour laquelle ils ne s'exposent pas au soleil devant tout le monde, de peur que l'on remarque immédiatement leur différence).
Bluette adolescente ? Beaucoup plus. Le mythe du vampire n'est ici que prétexte à une métaphore sexuelle lourdingue. Laissons parler le film :
Edward : C'est la première fois que je désire autant le sang d'un être humain
Bella : Je te fais confiance
Edward : Je te haïssai, mais seulement parce que tu as fait naître en moi un si grand désir, je ne sais toujours pas si j'arriverai à me contrôler
Bella : Je suis sûre que tu peux
Bella : Il y avait un côté en lui, et je ne savais pas à quel point ce coté était dominant, qui avait soif de mon sang
Edward : Quand on goutte le sang humain, on entre dans une sorte de transe et ca devient presque impossible de s'arrêter.
Edward : Avec le sang des animaux, on est jamais totalement satisfait, ce qui ne serait pas le cas avec ton sang (petit rire en regardant Bella)
Pour finir, la scène qui me semble la plus explicite sur le sujet : Ils sont tous les deux dans la chambre de Bella, cette dernière est en petite culotte,
Edward : J'ai juste envie d'essayer quelquechose...
Il s'approche d'elle, commence à l'embrasser, ils s'allongent sur le lit, et brusquement Edward saute en arrière en criant "Stooop", puis :
Edward : Je suis plus fort que je ne le pensais
Bella (toujours sur le lit) : j'aimerai pouvoir dire la même chose
Ils finiront la soirée sur le lit à discuter, comme deux bons copains
Si jamais vous n'aviez toujours pas compris : Edward a du désir pour Bella, mais pour ne pas devenir un monstre, il ne couchera pas avec elle, mais restera son protecteur qui la veille pendant qu'elle dort et gardera ses frustrations de bas étage pour lui. Un message d'abstinence sexuelle dans un film pour ado tiré d'un roman écrit par une mormon, est-ce vraiment étonnant ?
Reste donc une histoire d'amour gnangnan et mièvre entre les deux protagonistes, avec entre autres repas aux chandelles et petite musique romantique; escalade d'un arbre sur le dos d'Edward jusqu'à la cime pour découvrir un paysage tellement beau que Bella se sent obligée d'ajouter "ces choses là ne sont pas censées exister"; morceau de piano joué par Edward dans une pièce bercée d'ombre et de lumière; chambre d'Edward avec dans la chaîne hifi "clair de lune" de Debussy; arrivée en voiture de sport devant tout le lycée, Bella attendant qu'Edward fasse le tour pour lui ouvrir la porte (histoire de ne pas se faire remarquer, elle qui d'habitude est discrète), et Edward de surenchérir en lui passant le bras autour du cou pour que tout le monde les regarde; déclaration d'amour ou Edward dit à Bella "Tu es toute ma vie maintenant"... Bref, vous l'aurez compris, beaucoup de finesse dans la description de leur relation. Le rôle du cinéma est de nous faire rêver, mais quand c'est si gros et caricatural que cela, on tombe vite dans le ridicule et il est bien dur de s'identifier et d'imaginer vivre une telle relation (sauf peut-être si l'on est une fille de 13/15 ans qui rêve encore d'une idylle avec prince charmant ténébreux, incompris, protecteur, désiré par toutes les filles du lycée et pas porté sur le sexe pour ne pas trop brusquer les choses).
Vient s'ajouter à cela une interprétation assez moyenne, la palme revenant à Robert Pattinson qui cabotine à souhait, des effets spéciaux bâclés (voir Edward gravir la montagne en courant relèverait presque d'un gag de Hot Shot), 20 minutes de suspense sur 2h00 de film, et j'en passe... Il n'y a peut-être que de beaux décors naturels et la jolie bande originale qui remontent un petit peu le niveau du tout. Je n'irai pas jusqu'à dire que le film est ennuyeux, cela reste "assez" divertissant même si tous les défauts du film nous sautent assez vite aux yeux.
On avait connu une Catherine Hardwicke beaucoup plus inspirée et subtile dans sa vision de l'adolescence, notamment dans "Thirteen", elle se contente ici d'un film de commande formaté, destiné à un public on ne peut plus ciblé, et qui au final n'a que peu d'intérêt.
Bande annonce (vostfr) :